Orbi non sufficit

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Orbi non sufficit

Message par Feu Carzinal Avido le Ven 3 Jan 2014 - 23:04

Le vieux château médiéval fermait la rade du petit village de Lusacys. Edifié sur un éperon rocheux par les premiers seigneurs des lieux, il n'avait changé de main depuis le IXème siècle. La famille qui régnait sur ce coin des Zorcades avait acquis son nom de basse renommée, celle de mercenaires, de pirates et de pillards de la pire espèce. Des guerres entre le Zollernberg et l'Empire d'Ys pour le contrôle de ce coin de micromonde, les Barons Avido, seigneurs de marches incertaines, chevaliers tout autant que bandits ne reconnaissaient de maître que dans le suzerain le plus offrant. Les allégeances se monnayaient, tout comme les fidélités. Les écus effaçaient bien souvent le déshonneur d'une forfaiture vite oubliée contre une victoire trop facilement gagnée. D'honneur et d'intérêt, il n'y avait que celui du clan, de la famille plusieurs fois séculaires, qui avait su, à force de subtiles jeux d'alliance, de complots et de trahisons maintenir son nom au delà des âges.

Des temps obscurs du Moyen-âge, tirant sa richesse de la rapine, sa puissance de la prédation, les seigneurs de Lusacys imposaient à tous leur devise orgueilleuse et insolente : orbi non sufficit ; le monde ne suffit pas. L'affermissement de l'Etat de droit avait fait fi de la bonne fortune familiale. Il y avait certes eu les cabales de cours - dogéale, impériale ou apoztolique -, puis l'agiotage et la spéculation au tournant d'un siècle de commerce et d'industrie, mais à force de complots infructueux et de procès malheureux, la lignée se désargenta. Elle était loin d'avoir atteint le niveau de l'indigence certes, mais le lustre d'antan n'était plus. Le vieux Baron Giovannys accueillait aujourd'hui sur son lit de mort ses deux fils.

- Monsieur le Baron, vos fils.
- Guillermo, faites entrer ces pendards !

Des tableaux d'ancêtres en armures, en soutanes ou en uniformes couvraient les murs de la pièce. Une cheminait chauffait du mieux qu'elle pouvait la bâtisse séculaire soumise aux vents et aux intempéries fautes de subsides pour l'entretenir. Le majordome fit entrer deux jeunes hommes dans la pièce : l'un, l'aîné, blond, les yeux bleus, la figure haute, l'air altier ; l'autre, le cadet, brun, la figure bouffie, l'air bagarreur.

- Mes fils ! Bandes de canailles ! Vous voulez achever votre vieux père !
- Père, nous...
- Ne dites rien ! Toi Vincenzo, mon aîné, l'héritier de mon titre, que j'envoie à Zandhurst : renvoyé ! pour contrebande d'armes, de tabac et d'alcool ! Toi Lorenzo, mon cadet, que j'envoie au séminaire, que je donnais à l'Eglise et qui devait rapporté à sa famille indigente les revenus du diocèse de Zozolulu : renvoyé ! pour trafic de reliques, trafic d'indulgences, et vol de biens d'église ! A mes enfants ! Pazzi ! Il a fallu toute l'influence de votre oncle Don Stefano, qui est encore bien en cour à Wilhelstaufen et à Zichten Itza pour vous éviter, à vous le bagne ! Et à moi le déshonneur !

Les jeunes hommes âgé de vingt-cinq et vingt-quatre ans baissaient les yeux, en proie à une profonde affliction d'avoir offensé un père qu'ils aimaient tant. Le père aimant d'apaiser son courroux :

- A mes enfants ! Allons venez embrasser votre vieux père...

Les deux jeunes hommes s'appuyèrent contre la poitrine paternelle, écoutant dévotement :

- Votre défunte mère, les Dieux l'aient leur sainte garde doit s'employer à prier pour nous ici bas. Je n'ai jamais eu sa foi, ni même son espérance. Si j'avais pu vous transmettre cela, à défaut des écus qui trop nous manquent... Allons mes enfants ! Je ne vous blâme pas, vous êtes des Avido. N'oubliez jamais que vous êtes frères, n'oubliez jamais à quel sang vous appartenez. Vous appartenez à un sang libre de toute allégeance, fier et noble jusqu'à l'orgueil. Depuis votre ancêtre Giuffrè le Batailleur qui de cela onze siècles, n'a pas hésiter de craindre l'excommunication afin de faire valoir ses droits en pillant, brûlant les monaztères d'Athoz, d'Aramyz et de Porthos, passant par le fil de l'épée leurs moines prévaricateurs, jusqu'à moi, votre père qui n'est de réussite que vous, mais qui n'a pas craint de vous enseigner la défiance de l'autorité lorsqu'elle enserre votre liberté et dessert vos intérêts. Nos intérêts !

- Monsieur le Baron, votre frère, Don Stefano est arrivé.

...


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Re: Orbi non sufficit

Message par Feu Carzinal Avido le Sam 4 Jan 2014 - 12:51

Un homme en soutane pourpre s'avança dans la pénombre.

- Stefano Mon frère ! Te voilà carzinal ! Je croyais que tout nos subsides y passeraient ! Allons mes enfants aller embrasser votre vieil oncle et donner lui de l'Eminence désormais.

Stefano Avido était devenu prêtre moins par vocation que par goût du lucre ; celui de la Cour Apoztolique du règne de Clemenz Quint. Il ne s'était guère enfermé dans les ministère pastoraux trop ennuyeux et avait fait profession de courtisan des patriarches. Homme de sciences et de progrès, doutant en l'existence des Dieux eux même, il avait su tour à tour être administrateur de grand talent puis diplomate de génie, grimpant la hiérarchie des prélatures, des titres et dignités. A la faveur de la protection et de l'appui de feu Carzinal-Prince de Fleury, qu'il avait su bien servir, il avait accédé à la très prestigieuse - et lucrative - charge de pro-camérier de la Zainte-Eglise.


- Nous y a voilà mon frère ! répondit le prélat au Baron, tout en défaisant sa cape et remettant son galero carzinalice au majordome Les marches du trône patriarcal n'ont jamais été aussi proche que ce jour. Il me faut de l'argent !
- Les revenus de ta charge n'y suffisent-ils pas ? Ton accession à l'épiscopat fut fort chère, ton élévation à la dignité carzinalice a fini de ruiner notre famille.
- Mon frère le Trône patriarcal est des plus convoités, jusqu'aux princes de ce monde lorgne sur la tiare. Le vieux Zules n'en aura pas pour longtemps.
- Il n'en fini pas de mourir !
- Mon frère, ses souffrances peuvent abrégées... Une mort, disons provoquée, sera d'autant plus aisée à masquer qu'il nous sera possible de l'imputer à la vieillesse... Quoiqu'il en soit, il nous faut préparer la succession du Bienheureux-Père. Les carzinaux-électeurs sont corruptibles... Pour que notre famille puisse monter sur le trône de Bezoar nous aurons besoin d'argent. De beaucoup d'argent...

- Je vois Stefano, je vois...

Le vieux Baron prit le temps de la réflexion.

- Mes fils venez !
- Oui père

Dirent-ils en chœur.

- Vous allez vous mettre au service de votre oncle Stefano. Ses intérêts sont les vôtres.

Le vieux baron poursuivit :

- Votre vieux père sans ses forces l'abandonner.

Les yeux rougis des deux jeunes hommes trahissaient leur tristesse

- Allons ne pleurez-pas ! Je m'en vais rejoindre votre mère.

Des larmes coulaient désormais


- Lorsque je ne serais plus là. Je vous demande d'obéir à votre oncle comme vous l'avez fait à moi même. Toi Stefano n'oublie pas tes devoirs de parrain à l'égards de tes deux filleuls. Ils te serviront bien crois moi... Allons mes fils ! désormais partez courir le monde. Vous apporterez des subsides à votre oncle afin qu'il puisse financer son accession et celle notre famille au trône de Zaint Bezoar. L'argent ne manque pas ici-bas. Je connais vos talents, votre génie, vous saurez le prendre là où il se trouve. Mais prenez garde ! Il rend souvent fou ! N'oubliez jamais le sang qui vous uni. Allons ! embrassez moi une dernière fois. Et partez chers enfants...

L'étreinte fut émouvante. Les deux jeunes gens s'en retournèrent

- Giovannys tu es sûr qu'il seront à la hauteur ?
- Oui mon frère il le seront. Le micromonde ne suffira pas à ces deux là.

Le Baron sentant son heure venir repris :

- Allons Stefano confesse moi. Je m'en vais bientôt.
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Re: Orbi non sufficit

Message par Feu Carzinal Avido le Sam 4 Jan 2014 - 14:16

En partant les deux jeunes frères rencontrèrent leur sœur, Soféa, qui venait à leur père. Ses cheveux d'un blond vényssien, sa couleur albâtre, la sculpture de ses formes avaient fait de la jeune femme de vingt-deux ans, l'une des plus belles de son temps. Il n'avait pas été difficile à un père désargenté qui l'aimait tant de la marier à l'héritier d'une grande famille de la bourgeoisie de Zamburg enrichie de le négoce avec les Zindes.

- Vincenzo ! Lorenzo ! Que je suis heureuse de vous revoir. Vincenzo comme tu es devenu beau. Et toi Lorenzo comme tu...
- Comme j'ai grossi... répondit Lorenzo Il est bien difficile de faire de l'exercice au séminaire. En revanche toi tu es devenues une femme des plus belles et des plus rayonnante.
A l'aîné de poursuivre :
- Allons ma sœur nous sommes bien à la peine de vous revoir en de telle circonstance. Ou est donc votre mari ?
- C'est que... La femme laissa couler des larmes d'amertume Voilà. Mon mari me trompe et vit en concubinage avec une certaine dame Lucrezia une intrigante prostituée de Zamburg.
- Quoi ma soeur ainsi déshonorée ! s'indigna Vincenzo
- Va ma soeur, ton mari ne t'offensera plus.

La jeune femme rassurée s'en alla. Elle était loin de savoir ce qui se tramait
- Que souhaites-tu faire Lorenzo
- Tuer son mari quel question
- Toi ! l'ancien séminariste qui tuerait un Zorthodoxe.
- Un Zorthodoxe certes, mais un pécheur... Et puis il a rendu malheureuse notre soeur et offensé notre nom. Seul le sang peu laver l'affront. Nous ferons cela proprement. Toi le soldat tu dois bien connaître quelques vieilles ruses.
- Figure toi que j'y pensais, j'ai à ce propos une idée...

Les deux hommes d'aller accomplir leur office. Demain leur sœur deviendrait veuve... et riche.

- Dis moi Vincenzo, Lucrezia n'est-ce pas celle qui nous a fait perdre notre virginité ?

Laissant sur les bras de la prévôté des Zorcades un cadavre mutilé, les parties génitales découpées, le pénis dans la bouche, - c'était une idée de Vincenzo -, les deux hommes s'en allèrent vers Zozolulu. De là il prendrait un navire vers une destination qu'il ne connaissait pas encore, celle ou les affaires seraient les plus avantageuses. Le micromonde s'offrait à eux.
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