Manifestation populaire à Wilhelstaufen : un avant goût du Grand soir ?

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Manifestation populaire à Wilhelstaufen : un avant goût du Grand soir ?

Message par Florian Perraysky le Lun 13 Avr 2015 - 22:34

Le vieux Florian Perraysky était sorti de sa tanière ou plutôt du gourbi où il résidait depuis ses années de détention et d'oubli au bagne de Zarandra. L'homme, ancien député libéral, réputé pour sa grossièreté et son franc parlé, avait été le leader d'une des plus fameuses révoltes de l'histoire récente du Zollernberg : celle qui avait conduit à la dissidence de la Nordenmark, sous le nom de république populaire de Nordenmark. L'état merksiste forgé sur les restes du duché de Zaxe avait finalement été le prélude à la République populaire de Valdisky. D'ailleurs Perraysky regrettait de n'avoir sa statue sur une place de Mavska, ou son nom à une grande artère de la capitale, ou même un passeport de citoyen d'honneur ; car après tout, il était de manière indirecte l'un des pères de la Révolution.

Au moment de son procès, la défense était parvenue à démontrer sa démence. Sa théorie des escargots sympathiques qui devait remplacé le télégraphe, avait plaidé pour lui. Cette dernière était basée sur l'accouplement de vingt-six paires d'escargot représentant chacune une lettre de l'alphabet. Chacun des membres du couple dans une boîte était placé dans une boîte que l'on emportait avec soit. Commotionné l'un en un point du monde devait provoquer la commotion de l'autre en un autre point. Ainsi pouvait-on à moindre frais, communiquer des lettres, reconstituer des mots puis échanger. En raison de son état de santé mentale, la peine de mort du séditieux avait été commué en bagne à perpétuité dans le terrible établissement des Zindes. La grâce grand-ducale pour le jubilée du règne de Louis Ier vint mettre un terme à ce bannissement de la société. Il faut dire que le défunt souverain avait gardé pour l'auteur de L'Homme et la Terre, dans lequel l'ancien député se faisait chantre du naturisme, une sympathie certaine ; ce, bien qu'il ne partageât pas son militantisme pour le végétarisme, que le vieux souverain considérait comme dangereux pour l'humanité.

Depuis sa remise en liberté, celui que l'on surnommait "l'enfermé", vivait dans l'Eazt-End, dans l'appartement devenu taudis qu'une vieille aristocrate gauchisante lui avait cédé. Ses héritiers n'étaient d'ailleurs jamais parvenu à le lui récupérer. Il fallait dire que M. Perraysky avait la finesse de déverser le contenu de son pot de chambre sur les huissiers se présentant chez lui ; ce qui en rebutait plus d'un. Le vieillard, puisqu'à soixante-et-un dans l'Eazt End, si l'on a pas été emporté par la tuberculose ou un épidémie de choléra, on en est un, vivait de petits expédients : leçons de grammaire, surveillance de dortoir, rédaction de brochures... et de ses espoirs de révolution prolétarienne. Merks l'avait écrit : elle devait survenir en Zollernberg ; Perraysky y croyait dur comme fer.

Ce jour là, l'ancien forçat semblait revivre sa jeunesse ; les heures trépidantes de la prise du pouvoir à Zachzenberg. L'Eazt-End semblait être descendu dans le rue. Les drapeaux rouges bravaient ceux de la monarchie, les pancartes étaient unanimes : revalorisation des salaires, droits syndicaux, repos hebdomadaire. A ces revendications salariales s'étaient joints celles de l'actualité : soutien aux manifestants d'Eridan, pancartes hostiles au gouvernement Zabrücksi et même, ce que l'on avait vu depuis la révolte kullothienne, des slogans républicains. Il faut dire que le parti merksiste-luniniste de Zollernberg, dans la clandestinité depuis son interdiction sous le gouvernement nationaliste lors de la guerre de Réunion, expert en révolution et en manipulation des foules, avait orchestré et encadrait le mouvement.

Le cortège que les passants fuyaient s'était mis en branle, marchant vers la mairie de la capitale. Les quelques bobbies en faction avait été très vites dépassés par les évènements ; rien pour l'heure ne semblait pouvoir arrêter le mouvement ; le Grand-soir était-il arrivé ?
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Re: Manifestation populaire à Wilhelstaufen : un avant goût du Grand soir ?

Message par Johann-P. van Adelzcott le Mer 15 Avr 2015 - 22:18

Johann-Peter van Adelzcott avait été nommé Bourgmestre de Wilhelstaufen depuis plusieurs mois déjà, après la nomination de Siegfried Zeiter comme Lieutenant-Représentant de la Couronne en Maurésie. Le jeune Johann-Peter était issu du petit peuple de Zollenheim, ses ancêtres Adelscott, parfois zollernisé en Adelzcott, était venu de Noordzeeland pour s'installer en Zabrück où ils fournirent les bataillons d'ouvrier qui travaillaient dans les mines du Zabrück. Le jeune Johann-Peter avait été un enfant bien portant, nourri au lait coupé de bière - l'un de ses cousins a d'ailleurs fondé la brasserie au célèbre nom -. Force de la nature mais aussi intelligence supérieure au commun, quoique sa carrure de colosse ne l'y destinait, il rejoignit les bancs de l'université de Wilhelstaufen où il obtint chacun des grades universitaires jusqu'au doctorat en Histoire. Durant ses années étudiantes le jeune homme avait milité au PNZ, faisant entré ses arguments à coup de beaux discours, mais aussi de poings, avant de s'éloigner des milieux nationalistes à mesure qu'il s'assagissait. Jouissant d'un goût immodéré pour la recherche, il hantait les sections d'archive du ministère de l'intérieur dont il était l'employé, commettait de temps à autres quelques ouvrages sous le pseudonyme de Peter-Johann van Adelzcott portant sur la surveillance administrative dont il était devenu, au fil des années, un expert, puisqu'il avait été successivement chef de section des affaires nobiliaires, au bureau du renseignement, puis directeur de la Nationalité et de l'Immigration. Son arrivée à la mairie de Wilhelstaufen s'était fait de manière fortuite. Ayant financé ses études par un emploi d'archiviste à la direction du patrimoine de la ville, il avait naturellement rejoint le conseil municipal du bourgmestre Zeiter pour occuper la charge d'échevin (c'est à dire adjoint au maire) aux Beaux-Arts et au Patrimoine. Johann-Peter van Adelzcott avait été la caution nationaliste qui avait rapporté les voix du PNZ à la candidature PCZ. A la démission de Zeiter, la confiance du ministre, l'avait fait nommé à ce poste prestigieux bien qu'il occupât celui-ci en dilettante accaparé par ses livres et ses recherches.

Alors qu'il travaillait sur un projet de développement des lignes de tramway en compagnie de son conseiller aux transports Leander Der Klein (le fils du valet de chambre de l'ancien Grand-duc), de son secrétaire particulier Ernst Andreas Gelbmann, de son directeur de cabinet, Stephan Ritter, et du directeur général des services de la ville, Wilhlem Bernhardt, le bourgmestre fut interpellé par une clameur au dehors. Depuis la fenêtre de son bureau il regardait circonspect mais imperturbable la foule excitée.


- "Des slogans merxiste, des slogans républicains, des revendications syndicales...

Ritter s'amusa :


- "Oh... oh... mais que vois-je ? c'est notre ami Perraysky... C'est encore un coup du camarade Litovsky !
- Johan-Peter, ne devrait-on pas filer à la krasslandaise ? s'inquiéta Bernhardt
- Cesse de t'inquiéter Wilhelm ! Je vais en faire occire quelques uns et la meute ce calmera !"

Ernst-Andreas le secrétaire particulier qui était parti aux nouvelles des agents de la prévôté en faction (en réalité de vieux militaires, pour la plupart invalides qui passait là, sous de doux auspices la fin de leur carrière) revint tremblant et blanc.

- Monsieur le Bourgmestre, la porte à céder !
A Der Klein de répondre paniqué :
- La porte à céder

A Ritter de frotté sa barbe grisonnante et de rassurer les deux jeunes gens :
- Tout doux mes enfants, tout doux...

Au bourgmestre de donner ses premiers ordres.
- Monsieur Der Klein, Monsieur Gelbmann, allez donc voir ce que nous veulent ces messieurs dehors.

Les deux jeunes gens tentèrent de protester, mais c'était en vain, on ne désobéit pas à Johann-Peter van Adelzcott. A Wilhelm Bernhardt de s'inquiéter :

- Johann-Peter, tu crois qu'on a eu raison d'envoyer ces deux trous du cul ?
- Je n'avais qu'eux sous la main.

Ritter, scrutant la scène au dehors
- Ah, je crois qu'ils font connaissance avec la foule. Oh mais je crois que cela devient intéressant... Oh Oh Perraysky n'est pas un tendre mais il sait s'amuser. Voilà tes deux protégés accrochés aux grilles de l'Hôtel de Ville, et là tête en bas en plus. Oh Oh Oh, humour merksiste. Je crois qu'on ne peut pas comprendre.

Un huissier affolé intervint :
- Monsieur le Bourgmestre, une délégation demande à vous voir.

Sans attendre, une trentaine d'enragés s'engouffra dans le bureau du bourgmestre exhibant les armes qu'ils avait volé aux gardes en faction. Perraysky, petit et rachitique, sortit avec peine de la foule qu'il avait tout autant de peine à commander. Le Bourgmestre, deux mètres, cent cinquante kilos, se tenait face aux enragés, gardant un calme olympien.
- Monsieur Perraysky entrez je vous prie !

L'un des excités, un peu aviné, s'exclama :
- Donne nous ton or le drôle, c'est pour la Révolution !

A Johann-Peter de lui asséner une gifle aussi fort qui si cela fût la patte d'un ours. L'homme ne s'en releva pas. Ses camarades s'excitèrent alors. Prenant à bout de bras la table de style Wilhelm XIII dans l'antichambre de son bureau, le bourgmestre la lança sur la foule, faisant s'écrouler et laissant à terre une dizaine d'hommes. Ce ne fut pas tout, il y eut d'autres coups de poing, des coups de fauteuils, des morsures aussi. Adelzcott était un lion doublé d'un ours. Perraysky se retrouva alors seul avec une demi-douzaine de gars qui décampèrent aussi vite.

- Monsieur Perraysky, maintenant que nous sommes seuls parlons !

Le Bourgmestre était désormais sur son fauteuil, quoiqu'un peu ébouriffé. Il rechaussa ses lunettes. Perraysky était blême. Bernhard et Ritter s'étaient éclipsés aux premiers coups.

- Bien Monsieur Perraysky quelles sont vos doléances ? Le bourgmestre regardait fixement son interlocuteur.
- Euh c'est que...
- Mais encore... Il me semble cher M. Perraysky que votre manifestation est illégale, car non autorisée.
- C'est à dire que... c'est à dire que c'est un point qui soulève débat camarade bourgmestre
- MONSIEUR le Bourgmestre !
- Ou..oui Monsieur le Bourgmestre.

S'ensuivit une litanie de revendications auxquelles le bourgmestre tenta de montrer quelque intérêt. Mais en vain, il ne pouvait s'empêcher de ponctuer ses phrases par des " Ouais! ouais !" tonitruant. Une heure plus tard Perraysky sortit avec l'assurance que cela remontrait aux oreilles du ministre. Adelzcott savait que les promesses n'engageaient que ceux qui les écoutaient. Quant à Perraysky il eut bien peine à faire déguerpir le mouvement qu'il avait rassemblé. Les hommes du major-général Arnulf von Schwarzenegger, prévôt de Zollernberg arrivèrent vers dix-sept heures pour disperser la foule. Ce dernier asséna aux quelques fuyards un angoissant : "Je reviendrai !" Les deux malheureux employés de l'hôtel de ville, oubliés un temps à leur sort, furent finalement remis sur leurs pieds.

En était-ce fini du Grand soir ? Certainement y aurait-il quelques procès. Perraysky n'échappait pas à une nouvelle arrestation.
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